Little things I should have said and done ~ Feat. Creed



 
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | .
 

 Little things I should have said and done ~ Feat. Creed

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
avatar
Voir le profil de l'utilisateur http://vancouver-rpg.forumactif.com/
friendship never ends


Est né à Vancouver, le 15 aout 1957, vingt ans tout pile avant la mort du King ● Fils unique, il a grandit au son des vieux standards du Jazz et de la voix d'Elvis, l'autre Elvis ● Divorcé, il a de ce mariage un fils de vingt-cinq ans qui vit à Chicago et ne lui parle plus, et une belle fille de trente sept ans qui a pris ses distances elle aussi, il n'a plus de nouvelles de son ex femme depuis une dizaine d'années exceptés les papiers du divorce reçus l'an passé ● Il a eu une vie avant ça, un fils aîné qu'il a pour ainsi dire abandonné, mais il n'en parle pour ainsi dire jamais. Il est loin d'en être fier et il préfère faire mine d'avoir oublié même si ce rejeton là a refait surface depuis quelques temps ● Il tenait le Blues'n'Roll, un musée dédié à la musique et qu'il a rénové cet hivers pour en faire un club-housse où il continue d'exposer quelques pièces de collections tout en offrant de la musique de qualité à ses clients ● Il lui arrive fréquemment de sortir son saxo pour se joindre au groupe sur la scène, il pousse aussi parfois la chansonnette à la guitare mais s'il s'en sort plutôt bien avec les cuivres, il est loin d'avoir la voix d'Elvis, l'autre Elvis ● Ça n'a jamais été une tête loin de là, l'école il aimait pas ça, mais personne ne peux le coller quand il s'agit de l’histoire des styles musicaux qu'il défend ou des anecdotes qui s'y rapportent, il a toujours un petit quelque chose à vous apprendre à ce propos
Précision caractère Archétype Chaotique Neutre, dit Esprit libre. Sans être anarchique, il a une fâcheuse tendance à n'en faire qu'à sa tête et privilégier ses propres intérêts. Il n'est cependant pas foncièrement mauvais, c'est juste un crooner vieillissant un peu rebelle, un gamin immature qui refuse de faire face à ses responsabilités.

• INSCRIS LE : 11/05/2018
• MESSAGE : 48 • POINTS : 1100
• CÉLÉBRITÉ : Michael Rooker
• CRÉDITS : Redhairedmoira
MessageSujet: Little things I should have said and done ~ Feat. Creed
Dim 13 Mai 2018 - 2:47






img13

Little things I should have said and done

feat. Creed







Ce soir encore la salle ne s’est jamais retrouvée bondée. Sans grande surprise. Je ne connais pas un club qui ait affiché complet moins d’un mois après son ouverture. Si j’avais eu quelques contacts peut-être. Un carnet d’adresse suffisant pour faire venir des huiles influentes lors d’un grand gala d’ouverture. Et quand bien même, tout ceci n’est pas dans mes habitudes et ce genre d’évènements aurais juré avec ce que je veux faire ici. Si j’ai opté pour un décor digne des club clandestins les plus notables de l’époque de la prohibition, ce n’est pas pour rien. Oh bien sûr, je m’efforce de faire ce qu’il faut pour faire de la publicité, les flyers, les affiches, le passage à la radio de l’autre soir… peut être que ce fichu orgueil que je traine comme une casserole rouillée y est pour quelque chose. L’idée de faire des ronds de jambes pour faire décoller la fréquentation du Memphis Soul me colle de mauvais frissons. Je devrais sans doute revoir cette stratégie si je vois mes finances chuter, mais pour l’heure il me reste suffisamment avec la vente aux enchères d’une partie de la collection du musée pour ne pas avoir à m’en soucier. Mon regard se pose sur une des pièces que j’ai conservées. Là, sur un des murs en fausses briques apparentes, une première presse dédicacée d’une galette de Hount Dog par Big Mama Thornton me tire un sourire en coin. Non, ce n’est plus mon musée, mais j’ai gardé l’essentiel : l’esprit et l’âme!

Et puisqu’on parle d’âme, ce soir encore, je n’ai pas à me plaindre de la performance des trois petits jeunes qui viennent de se produire. La sono a pris la relève, maintenant l’ambiance delta blues de la soirée, mais il est temps de donner l’enveloppe promise au bassiste et de laisser ces petits gars aller la dépenser. S’ils veulent rester boire un coup ici, je leur en ferais cadeau, du premier tout du moins. Ils me plaisent ces gosses et puis, c’est pas tous les jours qu’on voit un trompettiste de moins de trente ans tenir des standards avec autant de classe, se les approprier en improvisant des solos et réussir à captiver le public de la sorte. Définitivement, ils me plaisent. Ils sont sensés revenir tous les jeudi ce mois ci mais je commence à espérer les garder plus longtemps. Mais alors que je vais aborder le sujet, c’est un petit signe de mon barman qui m’interrompt dans mon élan. Je crois savoir ce qu’il va me dire et je ne peux retenir un soupire avant d’indiquer à mes trois musicos de me suivre jusqu’au comptoir. Quelque chose, ou dans ce cas précis quelqu’un, a attiré son attention et la mienne une bonne partie de la soirée et il aurait été stupide de ma part de penser que ça pourrait attendre plus longtemps. Je propose donc à boire au groupe, leur offrant comme prévu ma tournée en les félicitant une fois de plus pour leur performance et je m’écarte avec mon employé pour le prendre de court.  « Je sais ce que tu vas dire Danny. J’ai vu, je m’en occupe. » J’ai vu, en effet, et c’est bien pour cela que je refuse que Danny s’en mêle.  

J’ai d’abord cru à une coïncidence, un pied de nez du destin, ou du karma, voir les deux. Une simple ressemblance entre cet homme assis à une des tables de la petite estrade en bois qui occupe le fond de la salle, et un vieux fantôme du passé. Un peu comme si le fait d’avoir parlé d’Al' l’autre soir en évitant soigneusement d’évoquer cette époque-là, comme à mon habitude, devait me revenir dans les dents comme un boomerang capricieux. Une vague ressemblance à laquelle j’ai refusée de croire au premier coup d’œil mais qui me torture l’esprit depuis une bonne demi-heure maintenant. Allons, me suis-je dit, allons ton esprit te joue des tours vieux frère, il ne s’approcherait pas de toi de son plein gré, pas après la façon dont … dont quoi d’ailleurs. Et voila qu’à présent, tout en le surveillant du coin de l’œil, je me remets à fouiller dans ma mémoire à la recherche du dernier souvenir le concernant. Peut être était-ce la fois où j’ai menti à la mère d'Al' en raccrochant au nez d’un gosse en mal d’affection et en clamant un « faux numéros » qui devait sonner plus faux encore. Ou bien la fois où j’avais pris sur moi de lui écrire une lettre que.. non cette lettre, je ne l’ai jamais terminée, envoyée encore moins. Elle a dû moisir dans un carton quelque part depuis le temps. Combien ? Quinze ? Vingt-ans ? Peut être plus. Voilà une raison supplémentaire pur ne jamais évoquer cette époque, moins encore ce qu’elle m’a laissé. Parce que j’ai tourné le dos à tout ça depuis bien trop longtemps pour oser tenter de dépoussiérer tout ça.

Danny me tend discrètement deux notes. La première, celle du groupe qui semble sur le départ, je la froisse d’une main en prenant soin d’être vu par les intéressé. « C’est pour moi pour cette fois. Si, si j’insiste ! A jeudi prochain Messieurs ! »  Un large sourire commercial, un signe de la main, un hochement de tête. La panoplie du parfait restaurateur. La différence est minime avec mon rôle précédant après tout, y a que la clientèle qui change. Quoi que, pas tant que ça. Je soir, j’ai surtout de vieux habitués des soirées du Blues’n’Roll, et lui. Lui. La seconde note est la sienne. Danny semble plus inquiet par son taux d’alcoolémie que par son attitude, qu’il aurait bien du mal à comprendre si on y réfléchi bien. Et si j’avais encore un espoir de m’être trompé de fantôme, le regard que ce client agité et moi échangeons à ce moment le fait disparaitre aussitôt. Ce soir. Il fallait que ce soit ce soir. Je balaye rapidement la salle des yeux. Je lorgne brièvement la large horloge sur le mur opposé, je laisse filer un nouveau soupire. Plus agacé cette fois. Plus nerveux. Il reste une quinzaine de personnes et encore deux bonnes heures avant la fermeture. Je sais qu’une longue conversation risque de s’imposer, et pas une tendre, mais je ne peux pas me permettre de m’offrir en spectacle devant ma clientèle. Pas alors que le club commence tout juste à faire parler de lui en bien…



@Redhairedmoira


 


ralentissement suite entorse poignet gauche
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité
friendship never ends
MessageSujet: Re: Little things I should have said and done ~ Feat. Creed
Dim 13 Mai 2018 - 12:10




Elvis + Creed  
«  Little things I should have said and done.»
➽ Westminster (à 25 minutes de Vancouver) - Chez Bill & Ida

Le dîner a été copieux, un régale comme toujours pour mon estomac affamé. Pourtant Ida a été surprise de ne pas me voir me resservir comme il en est devenu coutume, en particulier lorsqu'elle fait un de mes plats préférés. Je n'ai pas grand appétit ce soir, trop perturbé par le retour de mon père en ville. Bon sang, pour une fois que j'écoutais la radio ... . Pourquoi a-t-il fallu que je tombe sur cette émission, et surtout qu'est-ce qui m'a pris de l'écouter jusqu'au bout ?! Bill détecte à mon silence que quelque chose ne va pas et il m'invite à nous retrouver sur la terrasse après le dîner. Il a pourtant l'habitude de me voir aussi taciturne, mais il n'a pas son pareil pour capter qu'un truc ne tourne pas rond.

Après sa vaisselle, Ida nous informe qu'elle va se coucher. Jessy passe la nuit chez ses grands-parents ce soir et Ida l'invite lui aussi à aller se coucher. Demain il a cours. C’est elle qui le déposera au collège. Je quitte Bill un instant pour aller border mon môme et lui souhaiter bonne nuit. Je le serre dans mes bras avant de quitter la chambre. Je me suis toujours promis que je serais présent pour mon gosse. Lui donner toute l'affection, la sécurité et l'intérêt que je n'ai pas reçu de mon propre père. Ça fait quoi maintenant ... une quinzaine d'années que j'ai coupé les ponts avec mon père ? Ai-je espéré à l'époque au fond que ça ait eu un effet coup de fouet et qu'il se décide enfin à se bouger pour moi ? Sans doute oui. Mais ça n'a pas été le cas. Il semble qu'il ait préféré m'écarter lui aussi définitivement de sa vie comme un poids qu'on s'est trainé trop longtemps à contre-coeur et dont on se déleste enfin. Et putain, j'ai la rage rien que de songer de nouveau à tout ça. Dire que j'étais parvenu à mettre de côté son existence ou du moins que je m'étais accoutumé à ce sentiment de vide et de déception par rapport à lui. Lui qui a été si peu présent dans ma vie, lui qui ne s'est jamais vraiment impliqué. Le plus dur était durant mon enfance, sans doute durant l'adolescence aussi à en voir le ras le bol qui m'a finalement poussé à vingt ans, à couper les ponts. Cesser de le voir jouer maladroitement la comédie du père qui s'efforce de venir rendre visite à son fils uniquement quand ça le prend ou qu'il s'y force disons plutôt. C'est comme ça que j'ai toujours ressenti les choses, même si môme, on a partagé quelques bons moments. De ces rares instants où j'avais véritablement le sentiment de me découvrir un père telle l'image que je m'en faisais. Rares instants, rare complicité. Au final, la seule chose que m'a apporté réellement mon père, c'est son amour pour la musique.

Je croise Ida qui s'apprête à rejoindre sa chambre à l'étage en descendant l'escalier. Elle m'offre une étreinte pleine de réconfort. Elle aussi a sans doute deviné mon mal-être. Je me cale un instant contre le chambranle de la porte donnant sur la terrasse, m'allumant une clope alors qu'elle rejoint l'étage. Bill se tient plus loin, posté sur le muret à observer le jardin tandis que le soleil se couche. Depuis qu'on forme ce petit cocon familial, il a été comme un père avec moi, plus présent que le mien ne l'a jamais été. Et j'aime ces longues soirées qu'on passe parfois à discuter de tout et de rien, quand bien même parfois on ne parle pas du tout. Mais ce soir, je sais qu'il ne restera pas silencieux face au mal qui me ronge.

Et alors que je le rejoins en m'installant à ses côtés sur le muret, nous ne tardons pas à évoquer ce qui me perturbe. Bill tourne rarement autour du pot, et là, il y va franco. Il sait que seules deux raisons peuvent me rendre aussi mélancolique. Et il ne tarde pas à mettre le doigt sur le fait que ça a sans doute avoir avec mon père. Selon lui, c'était simple à deviner rien qu'à la façon dont mon regard s'attardait sur Jessy durant tout le diner.

- T'as le regard d'un homme qui se demande s'il a réussi en tant que père et qui espère offrir tout ce dont il a manqué lui-même, me glisse Bill.

Je ne réponds rien, passant une main sur mon visage aux traits fatigués. Après un bref instant de silence, j'évoque alors dans la tiédeur du soir, cette émission radio sur laquelle je suis tombé par hasard l'autre jour. Le choc de reconnaitre la voix de mon père. Et puis cette rage mêlée de douleur qui m'accapare depuis que je ressasse ses propos, en particulier lorsqu'il a vaguement balancé cette pensée à propos de la signification particulière d'un des morceaux du King , le rapport entre les relations père-fils, que s'apprêtait à lancer le type de la radio. Et depuis, ces putains de propos tournent en boucle dans mon esprit.

- Ses propos ressemblaient ... je sais pas ... comme une façon de soulager sa conscience, dis-je alors que j'évoque ce qu'il a balancé à la radio.

- Tu penses que ça t'était adressé ?

- A qui d'autre ? Je crois pas qu'il ait merdé avec son autre fils, relevais-je.

Mon père a refait sa vie à un moment donné, il s'est marié et il a eu un fils. J'ai donc un demi-frère que je n'ai jamais vu.

- Tu devrais aller le voir. C'est pas bon de laisser perdurer de la rancœur et des non dit, déclare Bill sur un ton posé avant de souligner les propos que je lui ai rapporté du fameux discours à la radio quand mon père disait que personne n'est parfait. Pas de famille parfaite, pas de père parfait, cite-t-il alors.

- J'ai jamais exigé la perfection. Juste un peu plus de présence Bill ... merde, comment on peut se désintéresser de son fils à ce point ?!

- Qui sait s'il n'a pas cherché à faire un pas vers toi sans y parvenir, déclare-t-il.

- Stop, on arrête. Inutile de chercher à me convaincre, c'est pas à moi de venir mendier son intérêt Bill ! m'emportais-je alors en me redressant pour aller marcher dans le jardin.

- Ça c'est de la fierté mal placée, souligne Bill en posant une main sur mon épaule alors qu'il me rejoint au milieu du jardin où je me met à tourner en rond, nerveux. Je donnerais tout pour retrouver ma fille, m'avoue-t-il comme pour me faire comprendre que j'ai la chance de pouvoir encore arranger les choses ou au moins tenter, là où lui n'aura jamais plus la chance de faire quoi que ce soit dans ce sens.

Ses propos me heurtent de plein fouet et un certain malaise m'étreint alors. Je ne m'attarde pas. Trop de silence, trop de mal-être et trop de rage au fond de moi à laquelle je ne peux décemment pas laisser libre cours après ses propos.
Lorsque je quitte Westminster, je songe à faire un tour en ville plutôt que de rentrer directement chez moi. Je m'arrête dans une station service en chemin pour prendre une bouteille. Ce n'est pas raisonnable, tout comme ce qui me pousse à aller me garer devant le Memphis Soul un peu plus tard. Stoppé sur le parking en face à une dizaine de mètres de l'autre côté de la rue, je demeure un instant les mains sur le volant, observant la porte de l'entrée et le passage. Hésitant entre rester là comme un con à ne savoir me décider ou enfin descendre du pick-up pour venir à ta rencontre. Pour me donner du courage, je bois une gorgée de ce whisky dégueulasse acheté plus tôt à la station. Puis une seconde et encore une autre. A chaque fois que la porte s'ouvre là-bas en face, mon cœur fat un bond, comme si je craignais de te voir soudain surgir. Pourtant, c'est bien dans l'idée d'aller à te rencontre que je suis venu. Et merde ! Pourquoi ça me met dans cet état ?!

La main sur la portière de la voiture, je me décide enfin à descendre. Mais je me penche finalement de nouveau à l'intérieur de l'habitacle pour chopper à nouveau la bouteille. Encore une dose de courage. Rien qu'une.
A me voir comme ça, j'enrage d'en être réduit à me saouler la gueule pour trouver la force de. L'alcool est-il toujours la foutue solution ? Comme ça l'a été pour ma mère ? Là aussi il y a beaucoup de rancœur. Non seulement envers elle mais encore une fois aussi envers toi, parce qu'adolescent, tu as bien du voir pour le peu que tu venais me rendre visite en passant me récupérer pour aller faire une virée, que ma mère était dans un drôle d'état. Ça aussi tu as préféré l'ignorer ?

Je ne sais pas combien de temps passe avant que je ne me rende enfin sur les lieux, mais la bouteille a quelque peu morflée. C'est la première fois que je met les pieds dans ce club. Ça fait quoi, un mois qu'il est ouvert ? Ça aurait tout-à-fait été le genre d'endroits où j'aurais vite fait de prendre mes habitudes si tu n'en avais pas été le proprio. Pour l'ambiance et la musique.

Marchant tranquillement, mains dans les poches, j'essaye de paraitre frais. Je titube légèrement mais pas assez pour que ça saute aux yeux. Les effets de l'alcool déjà ingurgité s'en ressentiront toutefois d'ici peu sans doute.
A l'intérieur, l'ambiance est typique de ce à quoi je m'attendais. Je passe près du mur en fausses briques apparente où est accroché un vinyle de Big Mama Thornton. Je me rappelle les quelques occasions où tu me faisais découvrir ce style de musique. La nostalgie d'un souvenir en particulier pourrait presque me tirer un sourire, mais elle vient s'ajouter à tout ce lot de rancœur qui réside au fond de moi et qui transforme même les bons souvenirs en négatif.

Sur scène, un groupe de trois jeunes se produit en reprenant des vieux standards. Ça fait drôle de voir des types de cet âge tournés vers ce style de musique et assurant surtout de la sorte. Je traverse la salle pour rejoindre un coin au fond, à l'écart, tête basse, le regard rivé sur le sol comme si ça allait m'aider à passer inaperçu.
Je me cale sur une banquette et attends qu'on vienne prendre ma commande. Je ne suis pas assez alcoolisé à mon goût sans doute et remet ça avec quelque chose au-dessus que ce whisky de merde avalé plus tôt. Mon regard erre sur la salle plutôt qu'en direction du comptoir où je risque de te repérer. Il me faut bien un premier verre suivi d'un second pour enfin commencer à hasarder mon regard à ta recherche. Je ne sais pas si tu m'as remarqué ou si tu t'emploies savamment à m'ignorer. A chaque fois que je pose le regard sur toi, t'es occupé à je ne sais quelle foutue tâche ou à parler à quelqu'un.
Au fur et à mesure que les consos se succèdent, je m'affale un peu plus sur la table. Je vais finir par glisser de la banquette comme une loque pour me retrouver sur le carreau si ça continue. J'ai l'impression de crouler sous le poids du malaise qui m'accapare depuis mon arrivée ici. Et je perds bientôt toute once de raison alors que je commence à chahuter la personne qui vient me servir et que je finis par alpaguer quelques secondes en lui posant des questions à la con sur son patron. En l’occurrence, toi.

De ton côté, t'es là à bavasser au comptoir avec ces trois compères en leur faisant de la lèche d'après ce que j'en dis, et j'ai cette fois-ci franchement le sentiment que tu m'ignores volontairement. Depuis le temps que je traine dans le coin, t'as forcément remarqué ma présence. A moins que tu sois pas foutu de reconnaitre ton propre fils. Quinze ou seize ans que tu m'as pas vu si ce n'est en se croisant peut-être à l'occasion, de loin quand tu trainais encore dans le coin. Je me demande d'ailleurs quand tu t'es embarqué dans le road trip que t'as évoqué à ton passage sur les ondes l'autre jour.

Peu importe. Là tout de suite, y'a ce type qui me regarde d'un air de pas apprécier de me voir là. Et ça a tendance à me mettre encore plus à cran. Je lui lance de temps à autre des regards d'un air de le provoquer bien que je dois juste avoir l'air complètement hagard.
Je t'observe à nouveau alors que tu salues les trois musiciens qui s'en vont. Nos regards se croisent bientôt et ma mâchoire se crispe. Plus l'ombre d'un sourire sur ton visage. Ça t'emmerde à ce point de me voir ici ?! Ton regard se détourne sur l'ensemble de la salle. Il demeure une quinzaine de personnes. Et moi j'enrage à me demander si tu es décidé à continuer de m'ignorer sciemment alors qu'on s'est regardés un instant plus tôt. Je cogne du poing sur la table après avoir vidé mon verre, reposant celui-ci un peu trop brutalement.

- HEP ! finis-je par attirer l'attention en élevant la voix pour attirer un serveur qui vient alors à ma rencontre. Dis à ce vieil enfoiré d'avoir la décence de se ramener par là ! Je retourne mon regard sur toi alors que je m'adresse à ton employé, le choppant par le col et lui indiquant ta direction de l'autre main en te désignant vaguement du doigt. T'entends ?! Rien à foutre de ton foutu club, occupé ou non, tu te ramènes là ! Finis de faire semblant ... !! arguais-je cette fois-ci en m'adressant à toi depuis mon siège, en mâchant à moitié mes mots.

Je repousse l'autre et me redresse en prenant alors ta direction sans attendre, titubant jusqu'à toi d'un pas lourd mais vif, animé par l'envie d'en découdre. Je te pousse alors par provocation en donnant des coups du plat de mes mains sur tes épaules pour t'inciter à reculer tandis que je lâche avec hargne :

- Tu sens ça ou tu comptes encore l'ignorer ?!! Si j'te mets ma main dans la gueule, tu vas enfin te décider à me causer ou bien ?!!!

©️ 2981 12289 0
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Voir le profil de l'utilisateur http://vancouver-rpg.forumactif.com/
friendship never ends


Est né à Vancouver, le 15 aout 1957, vingt ans tout pile avant la mort du King ● Fils unique, il a grandit au son des vieux standards du Jazz et de la voix d'Elvis, l'autre Elvis ● Divorcé, il a de ce mariage un fils de vingt-cinq ans qui vit à Chicago et ne lui parle plus, et une belle fille de trente sept ans qui a pris ses distances elle aussi, il n'a plus de nouvelles de son ex femme depuis une dizaine d'années exceptés les papiers du divorce reçus l'an passé ● Il a eu une vie avant ça, un fils aîné qu'il a pour ainsi dire abandonné, mais il n'en parle pour ainsi dire jamais. Il est loin d'en être fier et il préfère faire mine d'avoir oublié même si ce rejeton là a refait surface depuis quelques temps ● Il tenait le Blues'n'Roll, un musée dédié à la musique et qu'il a rénové cet hivers pour en faire un club-housse où il continue d'exposer quelques pièces de collections tout en offrant de la musique de qualité à ses clients ● Il lui arrive fréquemment de sortir son saxo pour se joindre au groupe sur la scène, il pousse aussi parfois la chansonnette à la guitare mais s'il s'en sort plutôt bien avec les cuivres, il est loin d'avoir la voix d'Elvis, l'autre Elvis ● Ça n'a jamais été une tête loin de là, l'école il aimait pas ça, mais personne ne peux le coller quand il s'agit de l’histoire des styles musicaux qu'il défend ou des anecdotes qui s'y rapportent, il a toujours un petit quelque chose à vous apprendre à ce propos
Précision caractère Archétype Chaotique Neutre, dit Esprit libre. Sans être anarchique, il a une fâcheuse tendance à n'en faire qu'à sa tête et privilégier ses propres intérêts. Il n'est cependant pas foncièrement mauvais, c'est juste un crooner vieillissant un peu rebelle, un gamin immature qui refuse de faire face à ses responsabilités.

• INSCRIS LE : 11/05/2018
• MESSAGE : 48 • POINTS : 1100
• CÉLÉBRITÉ : Michael Rooker
• CRÉDITS : Redhairedmoira
MessageSujet: Re: Little things I should have said and done ~ Feat. Creed
Dim 13 Mai 2018 - 17:00






img13

Little things I should have said and done

feat. Creed







Ce gosse… ce gosse, qui n’en est plus un depuis longtemps, me revient comme un cheveu sur la soupe, une grande claque du destin comme je disais. Non, c’en est plus un, de gosse, et bien que je sois des plus mal placé pour lui faire la moindre leçon sur son comportement de ce soir, c’est à mon tour de serrer les mâchoires quand il se fait plus bruyant. Pas ici. Pas maintenant.  Danny répond à son aboiement et moi, je me mords la joue en silence avant d’offrir un sourire gêné à un couple qui me questionne du regard. Je vais gérer ça, je peux gérer ça. Je devrais tout du moins. Car de gosse, je n’en suis plus un non plus, et depuis plus longtemps que lui. Et si je n’ai pas su être un père, ni pour lui, ni pour Al’ des années plus tard, et qu’il me semble bien improbable de m’improviser paternel parfait en une soirée, jouer les médiateurs pour grand crétin alcoolisé c’est quelque chose qui est déjà plus dans mes cordes. Et tandis que cette pensée me redonne presque un peu de fois en une sortie moins dramatique que prévue, voici que nos regards se croisent de nouveau comme il vocifère des insanités à mon égard. Mérités, je le reconnais bien qu’il m’en coute.

Nouvelle volée de beuglements désagréables et cette fois, il s’en prend carrément à mon serveur et je me décide à réagir. J’espérais qu’il se lasserait, j’espérais qu’il attendrait que le club se vide, j’espérais… j’espérais voir les choses basculer vers tout un tas d’options que je ne mérite pas. Qu’il soit là pour me pourrir la vie à défaut d’y avoir eu une place à proprement parler, je peux le comprendre, mais qu’il s’attaque à mon personnel, c’est tout autre chose. Et tout en faisant le tour du comptoir, je m’efforce de garder mon calme, d’ignorer les regards des curieux qui glissent de lui à moi par alternance. Ceux qui me connaissaient à l’époque du Blues’n’Roll savent que si j’ai une grande gueule, comme ils disent, je suis capable d’un sang froid redoutable… jusqu’à ce que j’explose. Je suppose qu’ils attendent de voir jusqu’où je tiendrais, et moi, moi je ne leur ferais pas ce plaisir. Pas si je peux l’éviter.

Ainsi c’est en me mordant la joue pour retarder l’explosion que je m’avance vers ce gosse fauteur de trouble sans le moindre mot. Il fait de même et c’est en plein milieu de la salle que nous nous faisons finalement face. Il me semble plus grand, plus large aussi, que dans mes souvenirs. Rien d’étonnant quand on y réfléchi bien.  Je reste droit, stoïque comme il s’énerve de plus belle en tentant de me repousser.  L’ignorer qu’il dit ? comment le pourrais-je ? C’est une chose que de prétendre que cette vie là n’a pas existé, c’en est une autre que de lui tourner le dos quand elle vient vous affronter en face. « Danny ? »Rien, du moins je l’espère, ne transparait dans mon ton quant aux émotions qui se disputent actuellement le contrôle de mon esprit. Une colère sourde envers cet imbécile qui débarque de nulle part pour me plomber mon commerce. Une certaine angoisse à l’idée d’avoir avec lui la conversation que je lui dois depuis tant d’année. Une pointe de fierté que je ne mérite pas en découvrant le gaillard qu’il est devenu. Une pincé de honte en réalisant qu’il est dans cet état par ma faute. « Danny tu veux bien voir avec ces m’sieurs  dames s’ils veulent quelque chose ? Celle-ci est pour moi. Pour le dérangement. » Je ne lâche pas Creed des yeux, tant parce que je veux lui montrer qu’il ne m’impressionne pas, le remettre à sa place en silence si c’est encore possible, que parce que je tiens à le surveiller comme le lait sur le feu. Je ne le connais pas, pas autant que je le devrais. De quoi est-il capable quand il a bu ? Quand il est en colère ?  Bordel, un père devrait savoir ces choses-là…

« Mon gosse et moi on va avoir une petite conversation. »  J’ai pris soin de soigneusement éviter d’employer le mot « fils ». Encore un truc que je ne mérite pas. Je ne réponds pas non plus à sa provocation, il me collera sa main en travers de la gueule si le cœur lui en dit, je ne suis même pas certain de lui rendre. Me défendre, sans doute, mais je lui ne rendrais pas. Je me contente d’ignorer un peu plus le venin qu’il me sert en lui indiquant néanmoins la porte à coté du comptoir d’un hochement de tête. Celle qui donne sur la ruelle, pas celle qui mène à mon bureau. On entendrait bien trop de choses depuis la salle et puisque je n’ai pas la moindre idée d’où tout ceci va nous mener, je préfère prendre quelques précautions. Pour les clients. Et puis, si les choses devaient s’envenimer, je n’ai pas l’intention de laisser tout ce petit monde profiter du cocard ou de la lèvre fendue dont mon rejeton risque de m’affubler. « Une petite conversation... dehors… » J’insiste, empoignant cette fois la main qu’il envoie de nouveau sur mon épaule et profitant du manque d’équilibre dont il fait preuve sur l’instant pour le pousser dans la direction voulue.

Comme je lui emboite le pas, m’assurant tant bien que mal de ne pas le laisser faire demi-tour, j’entends Danny s’exécuter dans mon dos. Parfait. Il faudra que je songe à le remercier comme il se doit. Pauvre gamin, il n’a pas signé pour ça. Je ne lui en voudrais pas s’il prenait peur après ce soir et décidait de le lâcher mais je préférerais ne pas avoir à former un autre barman. « Dehors j’ai dit ! » Cette fois mon ton est plus autoritaire, mon masque patient commençant lentement à se fissurer comme je pose la main sur la barre d’ouverture de la porte…



@Redhairedmoira


 


ralentissement suite entorse poignet gauche
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité
friendship never ends
MessageSujet: Re: Little things I should have said and done ~ Feat. Creed
Mer 16 Mai 2018 - 10:46




Elvis + Creed  
«  Little things I should have said and done.»
La confrontation s'impose enfin alors que nous allons à la rencontre l'un de l'autre. Moi furieux, toi plutôt stoïque, de ce même calme imperturbable dont tu sais faire preuve à l'occasion.
Plantés au milieu de la salle, je te provoque en te poussant de quelques vives tapes sur les épaules. Mes mots résonnent face à ton silence, si ce n'est lorsque tu interpelles un de tes employer. Celui-là même qui me regardait de travers un peu plus tôt.

- Quoi ? Tu comptes me faire sortir par un de tes chiens de garde ?!

Mais tu t'adresses à lui pour le charger d'un geste par rapport à la clientèle, une façon de faire face au dérangement. Tu ne me lâches toutefois pas du regard comme pour me défier d'oser quoi que ce soit d'autre sur le moment. Les traits crispés, je te rends ce regard quant à moi chargé de véhémence et de l'ivresse qui me conduit à agir de façon aussi déraisonnable. J'aurais presque honte si j'avais pleinement conscience de ce que je fais. Mais là à l'instant, l'alcool et la colère embrument mon esprit.

« Mon gosse et moi on va avoir une petite conversation. »  déclares-tu alors.

- Ton gosse ... laisse-moi rire... soulignais-je en lâchant un soupir sur le ton de l'amusement marqué par l'ironie.

Mes menaces te laissent de marbre, du moins en apparence. Et tandis que tu m'incites à te suivre dehors, je me rebelle encore un brin alors que j'ai envie de te mettre plus mal à l'aise que d'accéder à ta requête en réglant ça en privé.

« Une petite conversation... dehors… » insistes-tu alors en empoignant mon poignet tandis que je te donne une nouvelle tape sur l'épaule.

Tenant déjà peu l'équilibre, tu manœuvres légèrement par ton geste en me poussant en direction de la sortie, ce qui me frustre d'autant plus.

- Me touche pas enfoiré ! vociférais-je alors que je cherche à échapper à ton contact.

« Dehors j’ai dit ! »

L'autorité qui perçe dans ta voix a raison de moi un bref instant alors que je finis par suivre dehors.

- Ça y'est, tu perds enfin ton calme, le vieux ?! Plus de témoin désormais !

Je marche à reculons d'un pas incertain alors que je deviens remuant, agitant les mains en les secouant dans le vide comme si je cherchais à évacuer une partie de toute cette énergie malsaine et des tensions qui m'habitent.

- Je t'ai entendu à la radio, crachais-je plein de colère et de reproches. C'était quoi cette minable tentative hein ?!! Tu veux te faire passer pour quoi au juste ?! Je t'imite en prenant une voix un brin aigüe, prenant une attitude ridicule en reprenant tes propos. "Il n'y a pas de père parfait" ... la bonne excuse connard !! T'as pas joué les pères parfaits avec ton autre rejeton ??!!! Ça t'as jamais dérangé de foutre ton premier môme sur la touche pour te consacrer au second ??!! Non bien sûr que non, t'es un enfoiré d'égoïste qui n'a songé qu'à sa gueule et à sa nouvelle petite famille de merde !!

©️ 2981 12289 0
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Voir le profil de l'utilisateur http://vancouver-rpg.forumactif.com/
friendship never ends


Est né à Vancouver, le 15 aout 1957, vingt ans tout pile avant la mort du King ● Fils unique, il a grandit au son des vieux standards du Jazz et de la voix d'Elvis, l'autre Elvis ● Divorcé, il a de ce mariage un fils de vingt-cinq ans qui vit à Chicago et ne lui parle plus, et une belle fille de trente sept ans qui a pris ses distances elle aussi, il n'a plus de nouvelles de son ex femme depuis une dizaine d'années exceptés les papiers du divorce reçus l'an passé ● Il a eu une vie avant ça, un fils aîné qu'il a pour ainsi dire abandonné, mais il n'en parle pour ainsi dire jamais. Il est loin d'en être fier et il préfère faire mine d'avoir oublié même si ce rejeton là a refait surface depuis quelques temps ● Il tenait le Blues'n'Roll, un musée dédié à la musique et qu'il a rénové cet hivers pour en faire un club-housse où il continue d'exposer quelques pièces de collections tout en offrant de la musique de qualité à ses clients ● Il lui arrive fréquemment de sortir son saxo pour se joindre au groupe sur la scène, il pousse aussi parfois la chansonnette à la guitare mais s'il s'en sort plutôt bien avec les cuivres, il est loin d'avoir la voix d'Elvis, l'autre Elvis ● Ça n'a jamais été une tête loin de là, l'école il aimait pas ça, mais personne ne peux le coller quand il s'agit de l’histoire des styles musicaux qu'il défend ou des anecdotes qui s'y rapportent, il a toujours un petit quelque chose à vous apprendre à ce propos
Précision caractère Archétype Chaotique Neutre, dit Esprit libre. Sans être anarchique, il a une fâcheuse tendance à n'en faire qu'à sa tête et privilégier ses propres intérêts. Il n'est cependant pas foncièrement mauvais, c'est juste un crooner vieillissant un peu rebelle, un gamin immature qui refuse de faire face à ses responsabilités.

• INSCRIS LE : 11/05/2018
• MESSAGE : 48 • POINTS : 1100
• CÉLÉBRITÉ : Michael Rooker
• CRÉDITS : Redhairedmoira
MessageSujet: Re: Little things I should have said and done ~ Feat. Creed
Mer 16 Mai 2018 - 23:33






img13

Little things I should have said and done

feat. Creed







Evidement qu’il allait la relever celle-là. Mon gosse, mon fils, mon lardon, j’aurais pu dire n’importe quoi qu’il aurait rebondit dessus. Rien de vraiment étonnant quand on connait notre passif, ou son absence. Mon absence. Mais ça fait partie des choses dont nous avons à parler, dehors. J’ai pris soin d’insister sur ce point sans trop espérer que mon ton suffira à me redonner une once d’autorité à ses yeux et pourtant… pourtant, la surprise peut-être, il a fini par s’exécuter. Et tandis qu’il crache un peu plus de venin encore, je claque la porte dans mon dos et prends le temps de scruter les alentours. Bien que je sache pertinemment qu’il me faudra un jour assumer les conséquences de mes erreurs de jeunesse, si je pouvais éviter de me retrouver avec tout le quartier aux fenêtres ça me va aussi. J’habite toujours au-dessus du club, comme à l’époque du musée. Rien à droite. Rien à gauche. Juste cet imbécile qui s’agite comme le rital d’un mauvais film de mafieux ou le mauvais danseur de ballet qui répète sa gestuelle.

Moi, je croise les bras sur ma poitrine, je reste stoïque. Juste encore un peu, juste ce qu’il faut pour lui laisser le temps de gueuler ce qu’il a sur le cœur. Ça lui fait surement plus de bien qu’à moi, pour sûr, mais j’ai pas grand-chose à dire pour ma défense pour être honnête. Il évoque mon interview de l’autre soir et tout devient plus clair. La voila la raison de sa présence ce soir après toutes ces années. La raison de son ivresse aussi, très probablement. Seulement si je reste resigné à le regarder évacuer tout ça tant qu’il parle de lui, je fronce les sourcils et je serre les mâchoires en l’entendant évoquer son frère. Il n’a aucune idée de ce dont il parle. Aucune. Si Mac n’avait pas fait ses valises quand il était gosse, me laissant sa gamine à elle en prime par-dessus le marché, j’aurais probablement reproduit le même schéma qu’avec lui. Les choses étaient bien différentes et je ne le laisserais pas mélanger torchons et serviettes, moins encore rejeter la faute sur Al’. Ainsi je mets un terme à son monologue en frappant du poing d’un grand coup sec  dans la benne sur ma gauche et en franchissant la distance qui nous sépare pour me planter à quelques centimètres de lui.

Un homme totalement ivre peu se montrer violent mais il n’aura en général ni la force ni l’habileté d’assener ne serait-ce qu’une droite crédible. Avant ce stade en revanche, l’alcool a tendance à jouer les brises freints et l’homme oubliera de retenir ses coups. J’aurais peut-être dû me pencher sur la question avant. Mon fils est-il encore dans le second cas ou a-il déjà franchis la barre du premier ? Oserait il essayer de me frapper si je poursuis sur ma lancée ? Il est déjà trop tard pour réfléchir à ça et l’index pointé sur son torse, je mets un point d’honneur à clarifier la situation.  « Ecoute bien ce que je vais dire Creed parce que je ne le répèterais pas ! Tu veux me haïr ? A ta guise. J’ai tout fait pour et rien fait contre. Mais je t’interdis de manquer de respect à ton frère tu m’entends ? Tu n’as pas la moindre idée de ce qui s’est passé, de qui il est, de ce qu’il a vécu et il n’a rien à voir avec ça. Je me suis bien fais comprendre ? » Cette fois, plus de calme, plus de patience. Je gueule à mon tour. C’est une chose sur laquelle je serais intransigeant et je tiendrais le même discours à Al’ s’il le fallait. J’ai merdé, c’est un fait, mais j’ai assez de recul pour savoir qu’ils sont tous deux victimes de mon attitude immature et de mon manque de courage devant mes responsabilités.

Ceci étant dit, et je l’espère assimilé, je recule de quelques pas, bras ouverts comme une invitation. Je viens me frapper deux fois du poing sur le torse avant de le provoquer d’un signe du menton et de reprendre. « Tu veux te défouler ? Tu veux te venger ? Me faire payer tout ce mal être ou je ne sais quoi ? Vas-y. Je suis là. Mais fou lui la paix. Je suis un enfoiré égoïste, pour sûr, mais je ne l’ai pas été plus avec toi qu’avec lui. » Une petite voix quelque part au fond de mon esprit s’enorgueilli de ce semblant d’amour paternel sorti de nulle part, mais elle est mise en silence par une autre qui me rappelle qu’Al’ lui n’hésiterait probablement pas à en profiter pour me mettre au tapis s’il se trouvait en face de moi à sa place.




@Redhairedmoira


 


ralentissement suite entorse poignet gauche
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité
friendship never ends
MessageSujet: Re: Little things I should have said and done ~ Feat. Creed
Dim 20 Mai 2018 - 10:27




Elvis + Creed  
«  Little things I should have said and done.»
T'as l'air plutôt à cran quand j'évoque ton autre fils. Tu finis par cogner dans la benne toute proche, visiblement excédé. Puis tu te plantes alors devant moi, m'en imposant soudain à tout juste quelques centimètres de moi.

« Ecoute bien ce que je vais dire Creed parce que je ne le répèterais pas ! Tu veux me haïr ? A ta guise. J’ai tout fait pour et rien fait contre. Mais je t’interdis de manquer de respect à ton frère tu m’entends ? Tu n’as pas la moindre idée de ce qui s’est passé, de qui il est, de ce qu’il a vécu et il n’a rien à voir avec ça. Je me suis bien fais comprendre ? »

Je crispe la mâchoire à me la faire péter. Je boue intérieurement, partagé entre la colère, la frustration et un soupçon de ce petit truc qui me fait dire que je vais trop loin et que je le regretterais sans doute demain, une fois l'esprit plus clair.
Tu te recules alors, je ne te lâche pas des yeux, une lueur de trouble dans le regard. Mais ma fierté m'impose de ne pas perdre contenance, ne pas perdre la face. Seulement, je ne sais que répliquer sur l'instant.
Tu rentres dans mon jeu en ouvrant les bras comme pour dire "vas-y défoule toi", te cognant la poitrine en m'incitant à tenter ma chance. Et putain, j'adorerais te rentrer dans le lard, crois-moi, mais quelque chose me retient.

« Tu veux te défouler ? Tu veux te venger ? Me faire payer tout ce mal être ou je ne sais quoi ? Vas-y. Je suis là. Mais fou lui la paix. Je suis un enfoiré égoïste, pour sûr, mais je ne l’ai pas été plus avec toi qu’avec lui. »

Je plisse les yeux comme pour mieux analyser tes derniers propos. Quoi ? T'as été un enfoiré avec lui aussi ?! J'y crois pas ... .

- C'est là tout ce dont tu vas te contenter ? Pas de tirade comme à l'antenne ?

L'énergie qui me tenait jusqu'ici sur le 36 000 volts semble m'avoir désertée. Je suis soudain trop calme. Je te pointe du doigt, mes yeux se réduisant à deux minces fentes.

- La question est ... est-ce que t'as déjà voulu de moi dans ta vie ? Est-ce que t'as aujourd'hui, parlons pas d'hier, la moindre once d'intérêt ?!

Je m'avance vers toi en tâtant la poche à l'arrière de mon jean's pour en retirer mon portefeuille, récupérant une photo de Jessy dedans que je te colle alors doucement contre la poitrine. J'attends que tu t'en empares puis ajoute.

- T'as un petit-fils ... t'es au courant au moins ? Je me passe une main sur le bas du visage, l'émotion me gagne. A moins que là aussi, t'en aies rien à foutre. Tu vois, ce ptit gars, c'est tout pour moi, mais ça tu peux pas comprendre, pas vrai ? J'ai flippé ... putain de merde tu peux pas savoir à quel point ! Je craignais d'être comme toi, de le décevoir. Mais tu sais quoi ? J'ai été là pour lui, à chaque putain d'instant de sa vie. Je rêverais de te le présenter, qu'il ait le bonheur d'avoir un grand-père. Sauf qu'il est hors de question qu'il souffre si tu comptes la lui jouer comme avec moi.

Je te colle un doigt sur la poitrine.

- Pas de place pour les personnes pas sincères. Alors je te le redemande ... déclarais-je en faisant comprendre que je veux savoir si tu as réellement de l'intérêt pour moi ou si les choses en resteront là, s'efforçant chacun d'oublier l'existence d'un père ou d'un fils pour le peu qu'ils ont été présents jusqu'ici l'un pour l'autre.
Je passe une main sous mon nez, reniflant comme si l'émotion allait me faire céder plus déjà que ça ne s’entend au son de ma voix.

©️ 2981 12289 0
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Voir le profil de l'utilisateur http://vancouver-rpg.forumactif.com/
friendship never ends


Est né à Vancouver, le 15 aout 1957, vingt ans tout pile avant la mort du King ● Fils unique, il a grandit au son des vieux standards du Jazz et de la voix d'Elvis, l'autre Elvis ● Divorcé, il a de ce mariage un fils de vingt-cinq ans qui vit à Chicago et ne lui parle plus, et une belle fille de trente sept ans qui a pris ses distances elle aussi, il n'a plus de nouvelles de son ex femme depuis une dizaine d'années exceptés les papiers du divorce reçus l'an passé ● Il a eu une vie avant ça, un fils aîné qu'il a pour ainsi dire abandonné, mais il n'en parle pour ainsi dire jamais. Il est loin d'en être fier et il préfère faire mine d'avoir oublié même si ce rejeton là a refait surface depuis quelques temps ● Il tenait le Blues'n'Roll, un musée dédié à la musique et qu'il a rénové cet hivers pour en faire un club-housse où il continue d'exposer quelques pièces de collections tout en offrant de la musique de qualité à ses clients ● Il lui arrive fréquemment de sortir son saxo pour se joindre au groupe sur la scène, il pousse aussi parfois la chansonnette à la guitare mais s'il s'en sort plutôt bien avec les cuivres, il est loin d'avoir la voix d'Elvis, l'autre Elvis ● Ça n'a jamais été une tête loin de là, l'école il aimait pas ça, mais personne ne peux le coller quand il s'agit de l’histoire des styles musicaux qu'il défend ou des anecdotes qui s'y rapportent, il a toujours un petit quelque chose à vous apprendre à ce propos
Précision caractère Archétype Chaotique Neutre, dit Esprit libre. Sans être anarchique, il a une fâcheuse tendance à n'en faire qu'à sa tête et privilégier ses propres intérêts. Il n'est cependant pas foncièrement mauvais, c'est juste un crooner vieillissant un peu rebelle, un gamin immature qui refuse de faire face à ses responsabilités.

• INSCRIS LE : 11/05/2018
• MESSAGE : 48 • POINTS : 1100
• CÉLÉBRITÉ : Michael Rooker
• CRÉDITS : Redhairedmoira
MessageSujet: Re: Little things I should have said and done ~ Feat. Creed
Sam 26 Mai 2018 - 21:56








img13

Little things I should have said and done

feat. Creed







Après mon beau discours, ma petite rébellion, mon sursaut d’orgueil, je n’ai aucune idée de la façon dont il va réagir. J’ai beau avoir tenté de lui faire comprendre que son frère n’a rien à voir avec ce qui s’est passé, ou non justement, entre lui et moi, je doute qu’il soit si facile de le convaincre. Et puisqu’il n’est pas tout à fait lui-même, tout imbibé d’alcool, il est du même coup bien imprévisible. Certes, inutile de le nier, le fait que bien qu’il soit mon fils il tient plus du parfait étranger pour moi, et vice versa, ce fait-là ne m’aide pas franchement à anticiper sa réaction. A qui la faute hein ? Certainement pas la sienne. Pourtant, je reste là, bien décidé à prendre mes responsabilités pour la première fois depuis longtemps et assumer, sinon le reste, ma provocation. A ma grande surprise, et mon plus grand soulagement, mes propos semblent l’avoir déstabilisé quand je pensais plutôt qu’ils l’auraient fait basculer dans une espèce de mode berserk ou quelque chose dans ce gout-là. Il s’étonne de ma réaction, s’offusque presque de ne pas me voir le supplier d’écouter mes excuses. Mais quelles excuses pourrais-je bien diable avoir à lui présenter ? Je n’en ai absolument aucune.  



A la volée de question qui suit, je reste muet. Pas que j’aurais refusé de répondre, bien au contraire j’ai tout un tas de choses à dire à propos de tout ce que le fait d’être père a pu m’inspirer ou m’inspire encore aujourd’hui. Les mots ne viennent tout simplement pas. J’entrouvre la bouche, j’entame un « Je… » qui reste en suspens, puis un « C’est… » qui n’aura jamais de suite. Comment pourrait-il comprendre, il n’a pas la moindre idée de ce que ça fait lui, de l’effet que ça fait de se retrouver soudainement responsable d’une vie en plus de la sienne et je… quoi encore ? Un bref instant, je crains qu’il ne sorte de son portefeuille que de quoi régler sa facture et qu’il ne m’abandonne là, laissant ses propres questions sans réponses comme si ça ne lui importait au final pas plus que ça. J’ai beau savoir que je n’ai aucun droit d’espérer plus de sa part, cette réaction me serait particulièrement douloureuse et je le sais. Ironique n’est-ce pas ? Un peu comme si j’avais frappé trop fort dans un sac de sable et que celui-ci me revenait pleine face.  



Pourtant, quand je baisse les yeux vers ce qu'il a plaqué sur mon torse, il n'y a nul billet. Et lorsque je prends le morceau de papier en mains, je le fixe l'espace de quelques fractions de secondes sans comprendre avant d'écarquiller des yeux dignes d'un hareng sorti de l'eau depuis trop longtemps et faisant le lien avec ce qu'il dit. Grand père, moi ? Il poursuit ses explications en un monologue que je n'écoute qu'à demi, glissant le regard de la photo à sa tronche à lui, bouche bée. Il me parle de la façon dont il avait peur de me ressembler, de l'angoisse de décevoir son rejeton comme je l'ai déçu lui, de la peine que je pourrais causer à ce gosse si je me comportais à nouveau comme un couillon.  Alors tout en répétant ses mots dans un murmure sans même y penser «J'ai un petit-fils...» Je réfléchis à ce que je pourrais bien avoir à dire pour.. Pour quoi d'ailleurs ? Pour le convaincre de me laisser le voir ? Il n'a pas tort, je comprends ce qu'il veut dire et je ne pourrais pas l'en blâmer que je le mérite ou non. Pour lui dire à quel point il se trompe s'il pense encore avoir une chance de m'arriver à la cheville en matière de comportement parental particulièrement minable ? «Je...» Il me colle à nouveau cet index accusateur là où il avait plaqué la photo plus tôt et, loin de me stopper dans mon élan, son geste me galvanise.  



«Tu crois avoir tout compris pas vrai? Tu veux croire que j'ai choisi d'être un mauvais père, que j'ai simplement pris la décision de plus vouloir de toi dans ma vie. Comme ça, comme on décide de changer de marque de shampoing ? » Le problème est ailleurs. Mais comment résumer tout ce que je ressens à ce propos sans tomber dans un monologue patheticodramatique et risquer qu'il s'énerve de nouveau. Un soupire. Une tentative de démarrer une phrase. Un autre soupire. A mon tour, je me prends la tête entre les mains pour étouffer un râle rageur comme les mots refusent de venir, puis j'abdique dans un énième soupire. « Ecoute petit... j'ai pas été parfait, et je le serais probablement jamais. Je sais ce que tu penses, de moi, de mon absence, de mon silence, et t'as raison sur bien des choses. Ce gosse là...» Je lui tends sa photo en me pinçant la joue pour rester concentré et éviter le mélodrame. «.. ce gosse là il risque rien. T'es pas moi. C'est pas génétique ce genre de connerie. J'ai...» Et merde, voilà les mots qui m'échappent de nouveau. Et puis, pourquoi tourner autour du pot, il n'écoutera pas de toute façon. «C'est ton fils. Ta décision.»



Et lâche, comme toujours face à trop d'émotions, je lui tourne le dos pour revenir à la porte. J'aime pas la façon dont il me regarde. Quelque part, je crois que j'aurais eu plus de facilité à gérer sa colère. Il manquerait plus qu'il se mette à chialer. Je serais capable d'en faire autant. Bordel. La main sur la poignée, je me fige avant de finalement me retourner pour m'adosser au panneau de bois et lever le regard vers le ciel d'encre de la ruelle. «Tu sais... J'étais fier. Quand t'es né. Trop p'être. Puis j'ai flippé. Et là j'étais beaucoup moins fier de moi. Mais encore trop pour l'admettre... j'pensais avoir changé quand Al' est arrivé. Mais j'suis toujours aussi lâche faut croire. J'sais même pas où il est.» Et re-merde. J'aurais dû lui dire ça y a des années. Le leur dire à tous les deux. Ça aurait rien changé à leur enfance ratée mais peut-être qu'ils m'auraient pardonné avec le temps.




@Redhairedmoira


 


ralentissement suite entorse poignet gauche
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité
friendship never ends
MessageSujet: Re: Little things I should have said and done ~ Feat. Creed
Dim 27 Mai 2018 - 22:08






Elvis + Creed
« Little things I should have said and done.»
«J'ai un petit-fils...»

Une certaine émotion transparait dans ta voix et il me semble détecter un léger trouble dans ta voix. Un silence flotte entre nous, il me parait interminable. J'oscille légèrement de droite à gauche comme si j'avais du mal à garder l'équilibre même en position statique. Bon ok, soyons réalistes, j'ai du mal vu mon taux d'alcoolémie, ce n'est pas juste comme si, soyons francs. Les pensées qui traversent mon esprit sont étrangement calmes et je regrette presque l'animosité et les remontrances qui m'accaparaient plus tôt, parce que là présentement, je me sens faible, faible par le chamboulement qui me gagne à tes paroles et à la façon dont tu as souligné la nouvelle que tu étais ainsi grand-père.
Et j'ai peur. Peur d'espérer, peur d'être à nouveau déçu.
Je n'aurais sans doute jamais du venir ici, pourtant quelque chose me dit que j'ai sans doute bien fait. Ne serait-ce au moins que pour le geste. C'est ce qu'il restera de positif si tu sors définitivement de ma vie après coup. Cette démarche. Une démarche qui n’en était pas vraiment une à la base. Simplement motivée par la colère, des sentiments contraires, sans vraiment de but ou peut-être que si, tout au fond. Je suis perdu ... . Et l'alcool ne m'aide pas à y voir clair. J’ai honte d'avoir agis comme un lâche en me saoulant la gueule de la sorte pour venir t'affronter, comme si je n'avais pas les tripes de le faire étant sobre.
Je n’aime pas l'image que je te revois, ça a encore de l'importance tu vois. Une part de moi craint encore de te décevoir ou de t'éloigner par ma faute, mes actes. A moins que ça soit ce qui m'ait attiré au final ? T'offrir en quelque sorte la raison de m’éjecter de ta vie, sur un plateau.
Tes mots me percutent alors que tu retrouves bientôt la parole.

«Tu crois avoir tout compris pas vrai? Tu veux croire que j'ai choisi d'être un mauvais père, que j'ai simplement pris la décision de plus vouloir de toi dans ma vie. Comme ça, comme on décide de changer de marque de shampoing ? »

Je te regarde un brin hébété comme si je traitais l'information. Mon œil gauche tique. Je me gratte un instant le front et affiche une drôle de moue. Cette fois-ci, c'est moi qui perds mes mots, du peu que j'arrive encore à raisonner convenablement sur l'instant. Et finalement tu ajoutes alors.

« Écoute petit... j'ai pas été parfait, et je le serais probablement jamais. Je sais ce que tu penses, de moi, de mon absence, de mon silence, et t'as raison sur bien des choses. Ce gosse là...» Tu me tends la photo que je récupère d'un geste incertain. «.. ce gosse là il risque rien. T'es pas moi. C'est pas génétique ce genre de connerie. J'ai...» Tu marques un temps d'arrêt. «C'est ton fils. Ta décision.»

L'émotion semble te gagner, discrètement. C’est dur à expliquer, ça va au-delà du ton de ta voix, de ta façon de chercher tes mots. Je le ressens, comme si ça imprégnait l'atmosphère tout autour de nous. Tu me tournes alors le dos tandis que mon regard te scrutait la minute d'avant, à la recherche de je ne sais quelle vérité ou sincérité, au delà de la ressentir, je désire presque pouvoir la palper.
Je renifle, comme si l'émotion se manifestait et mon regard se détourne un instant avant de se reposer sur toi, alors que tu demeures un instant figé après la poignée de la porte. Tu sembles redresser le visage vers le ciel scintillant d'étoiles.

«Tu sais... J'étais fier. Quand t'es né. Trop p'être. Puis j'ai flippé. Et là j'étais beaucoup moins fier de moi. Mais encore trop pour l'admettre... j'pensais avoir changé quand Al' est arrivé. Mais j'suis toujours aussi lâche faut croire. J'sais même pas où il est.»

Je ne retiens que les mots que j'ai tant désiré entendre un jour. Fierté. Et puis flippé. Est-ce là tout ce que j’ai toujours désiré entendre ? Une forme de valorisation et une raison qui explique un soupçon ton absence ? Ou est-ce là un moindre contentement qui m'arrange bine par ces quelques mots ? Sur l'instant, j’ai envie de dire que je peux presque comprendre. Et pourtant, je reste là, commençant à m'éloigner à reculons, par pudeur. J'heurte la grande benne métallique derrière moi et m'écroule à demi, un bras étalé sur le haut du couvercle tandis que je glisse lentement contre la paroi comme un flan.

Et un moment plus tard, incapable de savoir combien de temps au juste il s'est écoulé, je suis de nouveau debout sur mes pieds, tandis qu'on m'aide à aller jusqu'à ma voiture. Tu me fais comprendre de te refiler mes clés de bagnole et je cède sans opposer aucune résistance, farfouillant maladroitement dans ma poche.
Pour le reste, je suis installé côté passager. Toi derrière le volant. Apparemment, ton ami barman suit quelques mètres derrière avec son véhicule.

- C’est toi qui me ramène si je comprends bien ... dis-je hagard.

C’est pas vraiment une question, juste une constatation évidente qu'il est inutile de souligner. Un certain malaise s'installe, teinté de lourds silences entrecoupé de mes soupirs ou de la manie nerveuse qui me prends de tapoter tantôt mes cuisses tantôt la poignée de la portière. Nous arrivons enfin alors que je parviens encore par miracle à indiquer le chemin.
Une fois garés devant la maison, je descends et m'appuie au véhicule. Ton pote se gare pile à la hauteur de mon pick-up et tandis que tu fais le tour pour t'installer à ses côtés dans sa voiture, je me penche à la vitre baissée côté conducteur, lorgnant un instant l'autre qui semble ne pas aimer me voir me pencher si près de lui alors que je tends le bras à l'intérieur pour te refiler la photo de Jessy.

- Garde-la ... glissais-je comme une requête. J'attends que tu la prennes et appuie alors mes mains sur le bord de la portière, toujours à demi penché pour te voir. Merci ... si tu le veux, tu sais où je crèche désormais, lançais-je pour te faire comprendre que je suis prêt à accepter l'une de tes future visite. Je me demande si je regretterais ces mots mais en tout cas pour l'instant, ils sont ce qui ressemble le plus à l'espoir qui demeurait caché tout au fond de moi depuis un foutu paquet de temps.

Je tapote le bord de la portière des deux mains et m'écarte alors du véhicule pour aller jusqu'à la porte, certain d'assurer les quelques mètres qui m'en séparent. Je ne sais comment je parviens à réduire la distance sans me vautrer, rien qu'à voir la sévère tendance qui m'entraine à gauche ou à droite. Toi et ton acolyte attendez de me voir entrer à l'intérieur avant de quitter les lieux et je demeure alors un instant au bas des marches de l'escalier qui mène à l'étage une fois quitté ma veste, habité par un soupçon de jugeote qui me pousse à préférer le canapé pour cette nuit.
Le sommeil me gagne rapidement tandis que mes pensées sont toutes dirigées vers lui et toi ... mon fils et mon père.

©️ 2981 12289 0



Revenir en haut Aller en bas
avatar
Voir le profil de l'utilisateur http://vancouver-rpg.forumactif.com/
friendship never ends


Est né à Vancouver, le 15 aout 1957, vingt ans tout pile avant la mort du King ● Fils unique, il a grandit au son des vieux standards du Jazz et de la voix d'Elvis, l'autre Elvis ● Divorcé, il a de ce mariage un fils de vingt-cinq ans qui vit à Chicago et ne lui parle plus, et une belle fille de trente sept ans qui a pris ses distances elle aussi, il n'a plus de nouvelles de son ex femme depuis une dizaine d'années exceptés les papiers du divorce reçus l'an passé ● Il a eu une vie avant ça, un fils aîné qu'il a pour ainsi dire abandonné, mais il n'en parle pour ainsi dire jamais. Il est loin d'en être fier et il préfère faire mine d'avoir oublié même si ce rejeton là a refait surface depuis quelques temps ● Il tenait le Blues'n'Roll, un musée dédié à la musique et qu'il a rénové cet hivers pour en faire un club-housse où il continue d'exposer quelques pièces de collections tout en offrant de la musique de qualité à ses clients ● Il lui arrive fréquemment de sortir son saxo pour se joindre au groupe sur la scène, il pousse aussi parfois la chansonnette à la guitare mais s'il s'en sort plutôt bien avec les cuivres, il est loin d'avoir la voix d'Elvis, l'autre Elvis ● Ça n'a jamais été une tête loin de là, l'école il aimait pas ça, mais personne ne peux le coller quand il s'agit de l’histoire des styles musicaux qu'il défend ou des anecdotes qui s'y rapportent, il a toujours un petit quelque chose à vous apprendre à ce propos
Précision caractère Archétype Chaotique Neutre, dit Esprit libre. Sans être anarchique, il a une fâcheuse tendance à n'en faire qu'à sa tête et privilégier ses propres intérêts. Il n'est cependant pas foncièrement mauvais, c'est juste un crooner vieillissant un peu rebelle, un gamin immature qui refuse de faire face à ses responsabilités.

• INSCRIS LE : 11/05/2018
• MESSAGE : 48 • POINTS : 1100
• CÉLÉBRITÉ : Michael Rooker
• CRÉDITS : Redhairedmoira
MessageSujet: Re: Little things I should have said and done ~ Feat. Creed
Jeu 21 Juin 2018 - 23:04






img13

Little things I should have said and done

feat. Creed







Je voudrais rajouter autre chose, briser le silence malaisant qui s'est installé quand il a reculé pour s'avachir contre la benne, mais je n'ai rien à dire de plus. Rien qui me vienne à l'esprit tout de suite du moins. Ainsi mon rejeton est toujours accoudé à sa poubelle et moi adossé à la porte, lorsque Danny l'ouvre brusquement, manquant de peu de me faire perdre l'équilibre. «Je viens de fermer. Je venais m'assurer que tout allait bien. Vous reveniez pas...» Il ponctue d'un léger dodelinement de la tête en direction de Creed et moi, moi je ricane bêtement. «Non, tout va pas... bien... mais on va essayer de s'en rapprocher.» Il fronce les sourcils un instant, me questionnant en silence comme pour finir de se rassurer, puis il soulevé un point capital. «Pas que ça m'regarde, mais vot' fils ou pas il est pas en état de conduire. Et je suppose qu'on va pas le laisser dormir là.»  



La suite est presque mécanique. Mon gosse n'a pas bronché quand je lui ai demandé ses clefs et j'ai pris place au volant. La seule phrase qu'il prononce, outre pour m'indiquer le chemin, a un arrière-gout étrange. Les rues défilent et je me revois des décennies en arrière à la première fois que je me suis retrouvé éméché sur un siège passager, mon propre père derrière le volant. Je devais avoir dix-sept ans ou quelque chose du genre. Ma mère m'aurait tué si elle avait été témoin de la murge monumentale que j'avais encaissée ce soir-là, mais lui il n'a pas bronché. Pas un reproche, pas une remontrance, pas ce soir-là du moins. Le lendemain en revanche... C'est une complicité que je n'ai jamais tissée avec le type assis à côté de moi. C'est mon fils, je suis son père, mais la génétique mise à part il y a comme qui dirait un fossé entre lui et moi. Un fossé que j'essaye une fois de plus de combler en tentant de briser le silence mais une fois de plus... rien ne me vient. Je pourrais parler de son lardon à lui, ce petit fils que je viens de me découvrir, essayer d'en savoir plus sur sa mère, sur ses hobbies, j'en sais rien... mais je ne sais ni par où commencer, ni si je mérite d'en parler tout de suite.  



Pourtant une fois à bon port, et malgré l'accumulation de fatigue, d'alcool et d'émotions de la soirée, il prend le temps de me tendre la photo de tout à l'heure. Avec un bref hochement de la tête, j'accepte de la prendre, elle et tout ce que son bonsoir signifie. Si je garde le silence c'est tant pour ne pas m'étaler devant Danny qui en a assez vu comme ça, que pour taire la crainte que tout ça réveille. J'ai été lâche jusqu'ici, qu'Est-ce qui prouve que je vais changer maintenant ? Que je peux changer ? C'est pas l'envie qui m'en manque, surtout après avoir crevé l'abcès, mais je me connais. Ce silence, je le maintien sur le trajet retour, accordant de brefs «Huhum.» à Danny qui abandonne rapidement l'idée de me tirer la moindre explication ce soir.  Je me contente de fixer la photo de mon petit-fils  sans desserrer les mâchoires. Mon petit-fils.... merde, c'est pas juste un effort qu'il va me falloir faire, c'est un virage à cent quatre-vingt degrés sur ma personnalité. Ou peut-être pas. Peut-être que ce gamin-là sera ravi d'avoir un vieux con immature en guise de grand père. L'idée me faire ricaner presque machinalement comme je range finalement la photo dans un coin de mon portefeuille. Trop tard pour devenir un bon père, une vague figure paternelle si j'y mets un peu du mien et si mon rejeton me laisse faire, mais un bon grand père... ça coute rien d'essayer.





@Redhairedmoira


 


ralentissement suite entorse poignet gauche
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé
friendship never ends
MessageSujet: Re: Little things I should have said and done ~ Feat. Creed

Revenir en haut Aller en bas
 

Little things I should have said and done ~ Feat. Creed

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» 1.06 All Good Things Must Come to an End
» eurydice&basile ❝ all these little things ❞
» Flavia Albina ¤ Real things in the darkness seem no realer than dreams...
» Help seems to always come late when it comes at all. We are in deep trouble
» Le Patronat Haitien aux Travailleurs “C’est à Prendre ou à Laisser”

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Bang Bang Vancouver :: Archives Confidential :: section souvenirs :: RP Terminés-